|

(Souvenir d’enfance d’Anne Golon. Elle s’y donne le nom de Dominique et de M. Desbruyère à son père, le commandant Pierre Changeux ) « …Premières vacances : elles ont dans le souvenir de Dom la couleur verte des prairies, une fraîche couleur teintée de mauve, le mauve de ces iris francs et raides, où la petite Dom s'aventure, angoissée de sentir sous ses pieds la boue la saisir (…) Mais les fleurs mauves, plissés, légère comme un papier crêpe, avec leurs nuances pâles et leurs pistils poudrés de pastel jaune, l'attire irrésistiblement ; elle avance vers elles ; les longues feuilles pointues lui caressent le menton, elle se prend les pieds dans les tiges dures et plates, s'étale au milieu des marais. Rien à faire, elle ne pourra jamais les atteindre. Pourtant, en général, Dominique n’aime pas les fleurs, les iris seuls, nostalgiques et sévères, l’attire. Parmi les arbres, sous le ciel nuancé, elle se sent dépaysée, abandonnée, loin de ses jouets, de la grande chambre, la chaleur ronronnante du Mirus. Fille de l’hiver et de la solitude, Dominique n’aime pas l’été, les longues promenades qui l’arrache à son intérieur, à la toute petite vie intime où l'on se blottit comme l’escargot dans sa coquille. »
|